Entre soutien au Golfe et appel à la désescalade, la ligne prudente de l’Italie
2026-03-06 - 16:03
AGI - L’intensification du conflit au Moyen-Orient, marquée par les frappes iraniennes contre plusieurs pays de la région, place l’Italie devant un exercice d’équilibrisme diplomatique et stratégique. À Rome, le gouvernement dirigé par Giorgia Meloni tente de concilier trois priorités soutenir les partenaires du Golfe, éviter un embrasement régional et protéger ses intérêts économiques et ses ressortissants présents dans la zone. La cheffe du gouvernement a exprimé sa préoccupation face à une situation qu’elle considère comme révélatrice d’une crise plus large du système international. "Nous assistons à une crise de plus en plus évidente du droit international qui produit un monde de plus en plus gouverné par le chaos", a-t-elle déclaré, soulignant le risque d’une escalade "aux conséquences imprévisibles". Pour Rome, les frappes iraniennes contre des pays du Golfe – y compris certains qui avaient soutenu la relance des négociations sur le nucléaire – constituent un facteur de déstabilisation majeur dans une région déjà fragilisée. Dans ce contexte, l’Italie entend agir sur trois fronts. Le premier est diplomatique: Rome multiplie les contacts avec ses partenaires européens et internationaux pour évaluer les marges de relance d’un dialogue sur le programme nucléaire iranien, tout en appelant Téhéran à cesser ses attaques contre les pays voisins. Le deuxième concerne la protection des citoyens italiens dans la région. Selon le ministère des affaires étrangères, environ 100.000 Italiens vivent ou travaillent dans l’espace compris entre le Golfe et le Moyen-Orient. Depuis le début de la crise, la cellule de crise de la Farnesina a déjà traité des milliers de demandes d’assistance et aidé près de 10.000 personnes dans les zones les plus exposées. Plusieurs vols spéciaux ont été organisés pour faciliter les retours vers l’Italie, notamment depuis Oman et les Émirats arabes unis, tandis que les autorités encouragent les ressortissants à s’enregistrer sur les plateformes consulaires afin de recevoir les alertes de sécurité. Le troisième front est économique et énergétique. Le ministre des affaires étrangères Antonio Tajani a mis en garde contre les effets potentiels de la crise sur les marchés mondiaux, notamment en cas de perturbations dans le détroit d’Ormuz, par lequel transite une part essentielle du commerce mondial d’hydrocarbures. Les prix du pétrole et du gaz ont déjà commencé à augmenter, tandis que les primes d’assurance sur certaines routes maritimes ont fortement progressé. Rome redoute également des répercussions sur le prix des matières premières et des denrées agricoles, notamment les céréales. Malgré ces tensions, le chef de la diplomatie italienne insiste sur la ligne traditionnelle de la politique étrangère du pays: dialoguer avec tous les acteurs tout en défendant ses intérêts et ceux de ses alliés. L’Italie, a-t-il rappelé, "n’est en guerre avec personne et ne veut être en guerre avec personne ", tout en considérant que l’Iran ne doit pas se doter de l’arme nucléaire ni développer des capacités balistiques susceptibles de menacer la sécurité régionale. Sur le plan militaire, le ministre de la défense Guido Crosetto a annoncé une adaptation du dispositif italien dans le Golfe. Une partie des soldats déployés au Koweït, au Qatar et à Bahreïn est en cours de redéploiement vers l’Arabie saoudite afin de maintenir une capacité opérationnelle tout en réduisant l’exposition des forces. Rome participe également à des discussions avec plusieurs partenaires européens – dont la France, l’Espagne et les Pays-Bas – en vue de déployer des moyens navals pour protéger certaines zones sensibles de la Méditerranée orientale. Pour les autorités italiennes, l’objectif reste clair: empêcher que la guerre en cours ne se transforme en un conflit régional incontrôlable. Puissance moyenne mais fortement impliquée dans les équilibres méditerranéens et moyen-orientaux, l’Italie cherche à préserver un rôle de stabilisateur, attentive à la sécurité de ses partenaires du Golfe comme à celle de ses propres intérêts énergétiques et stratégiques.